lundi 13 février 2012

Descente dans la forme blanche ( suite...)


- Car, voyez-vous, Alice avait appris en classe pas mal de choses de ce genre, et, quoique le moment fût mal choisi pour faire parade de ses connaissances puisqu’il n’y avait personne pour l’écouter, c’était pourtant un bon exercice que de répéter tout cela -

Oui, la craie servait aux professeurs, elle servait le savoir. Mais, comparée à la trace blanche sur le sol lavé de sang frais, la craie des règles n’était rien, elle qui savait si bien s’effacer. Tandis que là, à terre, fermée en une large bande de forme humaine, la craie, ce mélange de calcaire, d’argiles et de débris d’organismes, traçait la forme morte de l’oncle abattu à 4h40 du matin, ce 10 septembre 1981.
Elle profita alors de l’absence des policiers pour se rapprocher de la forme. Elle se tint tout au bord, tendit son cou, comme Narcisse l’avait fait au bord du lac, comme Alice l’avait fait près du large terrier et, ainsi penchée au-dessus de la forme comme au bord d’un précipice, elle l’observa. Celle-ci avait été tracée grossièrement comme si un enfant malhabile avait voulu représenter une personne couchée sur le flanc, les bras en croix.
J’aurais sans doute mieux fait, se dit-elle. Puis, toujours plus curieuse de cette ligne de chaos, elle se pencha davantage. Il y avait là une frontière, cela était certain. Cela elle le savait. L’oncle, dans sa disparition, était devenu un pays tout entier. Le voilà maudit, hors de sa patrie, pensa-t-elle. Mais cette géographie là, elle ne la connaissait pas. 

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